
Ça n'a pas été ma meilleure nuit de sommeil, et c'est entre autres pourquoi j'ai décidé d'aller dormir seul dans le dôme. Le nombre d'étoiles que l'on peut y apercevoir est impressionnant, étant donné la noirceur totale qu'il y a à l'extérieur. Je me réveille et l'on vient de changer de saison. C'est maintenant l'hiver et un bon manteau de neige recouvre la région. L'arrêt de Sioux Lookout approche à grands pas et ce sera une belle occasion pour Karina, de découvrir la neige pour la première fois de sa vie. Il faut avouer qu'il n'y a pas beaucoup de neige au Brésil...
On profite de l'arrêt d'une quarantaine de minutes pour découvrir la ville et se familiariser avec l'hiver. Les semelles de mes souliers de randonnée commencent à geler... retournons au train alors. Si hier nous croisions des lacs et des rivières libres de glace, c'est loin d'être le cas aujourd'hui. Une magnifique petite neige, balayée par le vent, trace des petites vagues sur les lacs glacés. C'est vraiment magnifique! Ah, et on vient de croiser un aigle à tête blanche au détour...
Au cours du trajet, on croise plusieurs petites bourgades, tel que : Downtown McIntosh, Population 4, comme le dit l'affiche sur le bord de la voie
Avouons qu'après deux ou trois jours de train, les immigrants devaient se demander où sont ces fameuses prairies, terres fertiles dont le mérite leur a été tant vendu en Europe. Leur aurait-on menti?
Il faut avouer qu'on oubliait volontairement de leur parler de certains aspects du Canada. La présence de neige en hiver, le froid glacial qui peut y sévir, la terre remplie de roche et mal irriguée, la présence d'arbres qu'ils devront défricher parfois, avant de pouvoir la cultiver et les millions d'insectes piqueurs qui s'attaqueront à eux (maringouins).
Une chose est sûre, après autant de temps en train, ils devaient le trouver énorme et sauvage leur nouveau pays.
Puis, en l'espace d'une vingtaine de minutes, le sol devient plat, les arbres deviennent de plus en plus petits et ce, jusqu'au moment où l'on sort de la forêt pour entrer dans la vaste étendue des prairies.
On vient de croiser l'emblème symbolique des prairies, un élévateur à grain. C'est lui qui nous accueille au Manitoba. Le terrain devient tellement plat et pratiquement dénudé de forêt... Nous voici donc rendus dans ces fameuses terres fertiles, qui ont tant fait rêver des dizaines de milliers d'immigrants. Je vais en profiter pour aller dîner dans la voiture-restaurant avant d'arriver à Winnipeg... que voici!
On vient tout juste de traverser un pont au-dessus de la Rivière Rouge et voici le centre-ville de Winnipeg!
C'est l'heure des adieux avec mes 2 amis manitobains. Nous sommes en avance et nous disposons d'une heure pour visiter les alentours de la gare, avant de repartir. Ne traînons pas!
Winnipeg est une très jolie ville. Il y a beaucoup d'arbres, de parcs et les accès aux rivières Rouge et Assiniboine sont abondants. Je pourrais vous en parler longuement, car j'y ai passé un mois en 2005.
16 h 30 : All aboard!!!! En voiture!!!!
On quitte la capitale manitobaine en direction ouest. On traverse cette fois-ci, la Rivière Assiniboine, et le point de vue de cette photo nous montre The Forks ou en français, La Fourche.
C'est un endroit de rencontre traditionnel entre les peuples autochtones de la région, puis ce fut à cet endroit que les Français établirent le Fort-Rouge au 18e siècle, afin de favoriser le commerce des fourrures. Par la suite, les Britanniques ont érigé le Upper Fort-Garry tout près d'ici. Ce point de rencontre fut très important dans l'histoire du Canada. D'ailleurs, lorsque je suis venu à Winnipeg en 2005, c'est dans cette ville que j'ai rencontré ma copine. Ce qui prouve que même encore aujourd'hui, cette fourche et la ville de Winnipeg favorisent les rencontres...
Je monte souper dans le dôme avec Karina. On se met à parler de nos pays respectifs, de nos vies et de toute sorte de choses. Le dôme est un endroit vraiment propice aux discussions à bord du train. Les gens viennent y discuter, voir le paysage ou prendre un bon café. J'y rencontre un homme de Saskatoon qui me parle de sa ville. Il travaille comme bénévole une fois par semaine pour aider les gens démunis de cette ville. Ce fut une discussion très intéressante.
Le soleil étant couché maintenant, il est difficile de distinguer si nous sommes entrés en Saskatchewan, puisqu'il fait très noir à l'extérieur et que le paysage est tellement plat. On voit quelques lumières au loin. J'ai bien hâte d'arriver en Saskatoon et d'y poser le pied. Ce sera possible... à 2 h 15 du matin...
Malheureusement, je n'ai pas vu grand-chose de cette ville. Il fait noir, il fait très froid, il doit maintenant faire quelque chose comme -15 C, il vente et tout semble mort aux alentours. La gare est en banlieue de la ville donc, loin du centre-ville. Je n'y traîne pas trop longtemps, et préfère aller dormir un peu avant l'arrivée à Edmonton. Je m'endors sous les airs de la chanson Saskatchewan, du groupe des 3 accords...